Et puis le soir se pose et nous dépose
Au chevet d’une nouvelle et tendre nuit.
Se ferme le jour sur fenêtres déjà closes
Et le désir d’aimer s’étale en un long cri.
Les corps vibrent sous la brûlure des tissus
Et s’affolent en prélude à leur mise à nu.
Et nos lèvres se trouvent, se joignent enfin,
Et ton sein qui implore, s’habille de ma main.
Nos cœurs se noient dans nos corps noués
Par la danse éternelle de nos sens enfièvrés,
Par le temps figé qui s’accouple à notre joie
Et de nous deux fait bien plus que toi et moi.
Puis la douce lumière du brasier de tes yeux
Caresse mon âme de ces instants merveilleux
Où ton corps s’apaise, s’abandonne à mes bras
Quand mon cœur ouvert s’emprisonne de
toi.
Derrière la foule massée autour du monument, quelques enfants jouent une partie de cache cache improvisée dans les voitures du parking bondé. Un notable, face à une assemblée silencieuse, lit un discours, scène banale des matins consacrés aux retrouvailles avec le passé. A quelques mètres, un jeune couple semble s’ennuyer. Elle a les yeux baissés et lui, jette fréquemment un regard à l’horloge du clocher tout proche. Que savent-ils encore de ce passage des hommes dans l’enfer, eux qui comme moi, n’ont connu que les espérances promises par des nations enfin apaisées ?
Brutalement mon esprit s’évade, je n’écoute plus l’empilage de lieux communs porté par la voix hésitante de l’orateur.
91 ans…..Le temps n’a-t-il pas fait perdre à la commémoration une partie de son sens ? N’est-il pas temps de confier à l’Histoire le soin de veiller à la précieuse mémoire ?
Le souvenir collectif de cette folie meurtrière où l’unité de compte n’était plus le kilomètre de terrain gagné ou perdu contre l’adversaire, mais le millier de morts tombés au champ d’honneur, est gravé en lettres d’or sur les obélisques de nos villages. Il durera le temps que durent les pierres et c’est bien plus qu’une vie d’homme, bien plus que sa mémoire fragile, soumise à l’offensive d’oubli qui accompagne avec chaque génération, chaque changement du monde.
Plus que la célébration du jour de l’arrêt des combats, la société a la difficile obligation d’apprendre, de faire comprendre à ses enfants les pourquoi, les comment et sans doute aussi, à travers l’enseignement de la valeur inestimable de la vie, l’abominable d’une guerre qui portait en son sein, les germes de la suivante. Et revient à ma mémoire cette phrase terrible de Paul Valéry « Les guerres sont faites par des gens qui s’entretuent et ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne s’entretuent pas. »
Le jeune couple, main dans la main, s’en est allé sitôt la
gerbe de fleurs déposée. Que pouvait-il transmettre d’autre aux enfants de ses enfants sinon le nom d’un parent qu’il n’avait pas connu, emporté
autrefois dans ce soubresaut infernal de la longue marche de la civilisation.
Est-il encore besoin de cérémonie ?
L’avenir ne se construit pas en glorifiant les héros d’un passé trop lointain, mais se bâtit
en tenant compte de l’héritage qu’ils nous lèguent ; un terrible avertissement de la barbarie qui vit encore dans le cœur des hommes.
Déjà, la matinée touche à sa fin. Dans la fanfare qui rejoint ses quartiers, un tambour joue à contre-temps….
Et si…
Et si les murs et les ponts...
Bâtir un mur est plus facile que construire un pont.
C’est empêcher le regard qui veut porter au loin,
C’est dire la peur de l’autre et l’écrire dans le béton,
C’est noircir l’histoire à l’encre des sombres destins.
Il est tant de murs par le monde des hommes érigés,
Que si l’un est écroulé, bien peu se trouve changé.
Ils régnent dans nos plaines, nos têtes et nos cités,
Pourvoyeurs d’oppressions et destructeurs de
liberté.
Et si les faiseurs de murs… bâtissaient des ponts ?
Entre les rives
incertaines
Du temps qui s'enfuit
Rien, rien
Qu'un lieu pour dire...
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