Jeudi 15 mai 2008

publié dans : Textes du temps perdu


Le pommier du japon a revêtu ses habits de printemps. Sans doute veut-il fêter le premier vol des jeunes merles qu'il a abrité durant de longues semaines. C'est pour cette formidable harmonie qui m'émerveille chaque matin, que je suis parti quelques jours, pour y puiser aussi la force de regarder autrement le monde des hommes égaré sur un chemin où les issues semblent de plus en plus fermées.

Le pommier du japon a revêtu son habit de lumière pour la dernière fois peut-être. L'homme qui l'a planté est mort depuis longtemps et sa demeure n'est plus qu'un vague tas de pierre couvertes de mousses à la lisière de la forêt. Et l'arbre ne sait rien du projet d'un promoteur, une route et des chalets, juste assez pour saccager un paysage qui n'aurait dû qu'être regardé.

Alors j'ai promis de revenir un soir, à l'automne prochain, avec pelle et pioche, pour lui donner sa chance de refleurir encore longtemps, à ce vieux pommier du japon, sans histoires ni prétentions.


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Mardi 13 mai 2008

publié dans : Textes du temps perdu



Quatre jours sans radio, sans télé
Trouver l'essentiel, loin du dérisoire
Quatre jours pour vivre la forêt
Reprendre le fil de son histoire
Quatre jours à vivre en paix
Fenêtre de nature et de sérénité
Quatre nuits, quatre matins
Quelques pas sur son chemin...



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Mercredi 7 mai 2008

publié dans : Histoires ordinaires

     Assis à même le sol dans l'ombre d'un gros rocher, l'homme encore jeune, leva les yeux vers le ciel. Bleu. Trop bleu. Désespérément bleu. Dans ce paysage lunaire, aride, minéral, il semblait attendre un improbable évènement.
Celui-ci survint un moment plus tard sous la forme d'un vieux 4X4 bringuebalant, soulevant dans son sillage un nuage de poussière rouge qu'un vent imperceptible poussait vers l'est. Le médecin itinérant en descendit en souriant. Lui et le gardien se connaissaient bien et l'homme parlait le dialecte de sa tribu, ce qui facilitait la conversation.
     Le gardien avait préparé avec minutie la cérémonie du thé et leur entretien dura plus longtemps qu'à l'ordinaire. Au village le médecin avait soigné deux jeunes enfants à son dernier passage, hélas l'un dentre eux était mort, peu après. "Des complications" avait dit l'homme au médecin, "c'était le choix de Dieu" avait-il ajouté, le voyant si affecté par la triste nouvelle.
     Alors que les deux hommes allaient se quitter, le médecin donna une grande enveloppe au gardien. Il avait marché trois longs jours pour cette rencontre, et attendu depuis des mois cette enveloppe dont il espérait tant. Au premier coup d'oeil, il reconnut l'écriture fine et déliée de celui qu'il appelait le grand sorcier blanc, l'homme qui avait appris à lui et son père aujourd'hui décédé, la science des cartes, le chaînon qui complétait le savoir ancestral des gardiens.
     L'enveloppe contenait trois grandes photos. Il les étudia longuement, jusqu'au soir, hochant parfois la tête, traçant dans le sol poussiéreux des formes compliquées dont lui seul connaissait le sens. Dans la nuit tombée depuis longtemps, il réfléchissait encore, les yeux fixés sur les photographies à peine lisibles dans l'éclat de la pleine lune. Il décida finalement de dormir un peu. Demain la route serait longue et il ne s'arrêterait plus de marcher jusqu'à son retour dans la tribu. Tout juste pensait-il faire un léger détour par une petite dépression du terrain, à deux heures de marche du village.
     Mais il s'endormait d'un coeur léger. Non, le village n'allait pas mourir et en dépit de cette pluie qui refusait de tomber depuis des années, il allait pouvoir faire en sorte que le bétail n'ait plus soif et que des légumes poussent de nouveau. Le puits ouvert autrefois par son père était presque tari et l'eau, au goût amer, donnait, il en était convaincu, des maladies aux enfants. Il avait compris depuis longtemps que le temps des chamanes était passé, qu'ils ne pouvaient plus faire face, tant la terre mère se transformait.
     Sur les trois photos satellites, il avait lu des écarts imperceptibles de relief, vu des différences dans la nature des sols couverts de sable et parvenu à tracer les lignes d'un fleuve souterrain inconnu, parce qu'il connaissait chaque rocher de ce pays, chaque nuance dans la couleur que prenaient les dunes au lever du jour, et qu'il tenait de son père le savoir lié aux tiges de bois.

     Il pouvait dormir et, dans le rêve qu'il n'avait plus fait depuis longtemps, il changea un serpent d'étoiles accroché aux ténébres, en une rivière paisible colorant les dunes en vert, le rêve étrange des gardiens de l'eau...


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Mardi 6 mai 2008

publié dans : Textes du temps perdu
Quelques lignes en passant pour le jeu de Nymphéa



Elle est de ces jouets qu'on offre
Aux fillettes qui sont encore sages,
Meilleure amie des soirs d'orage
Avant de finir au fond d'un coffre,
Quand à l'âge de l'adolescence
On découvre des jeux interdits.
Rien qu'une histoire d'enfance
Quand c'est si beau, la vie.


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Lundi 5 mai 2008

publié dans : Sur mon étagère

"Un être humain, déterminé dans sa durée, souvent dans la peine, parfois dans le bonheur, doit pouvoir affronter tous les moments de son existence en connaissance de cause : son avenir, même limité par les difficultés de son corps, même assombri par les deuils ou les ennuis privés ou sociaux, demeure son avenir à lui, dont il peut faire ce qu'il souhaite avec les forces qui lui restent.
Quelles que soient les chaînes qui me lient aujourd'hui, je suis aussi libre qu'hier : demain sera toujours un autre jour.
La virginité des jours à naître est le présent fait par la vie à la liberté humaine."

Léon Shwartzenberg - La société humaine - 1988


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Vendredi 2 mai 2008

publié dans : De pensées en citations


"Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme".
Albert Samain


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Mercredi 30 avril 2008

publié dans : Histoires ordinaires

7 heures. Le vieil homme enfourcha son vélo. Dans la poche droite de son blouson maintes fois rapiécé, le bruit des quelques pièces de monnaie s'entrechoquant le rassura. Il pourrait s'arrêter à la boulangerie du bourg et acheter une demi baguette, son repas de midi. La petite remorque liée à la bicyclette par une cordelette, grinçait bizarrement à chaque tour de roue, mais avec le temps il s'y était habitué. La carriole renfermait toute sa fortune, son outil de travail, le trésor de sa vie.
Il lui fallait escalader une petite côte sur le chemin de terre défoncé par les pluies de printemps et il peinait de plus en plus à gravir ce monticule. Après, c'était la descente vers la rivière et l'étang, les paysages tant aimés qui justifiaient tous les efforts.
Avec des gestes précis il installa son matériel. Un rayon de soleil perçait à travers les arbres, jetant une douce lumière à la surface sombre des eaux calmes de l'étang. Le vieil homme esquissa un sourire de bonheur. Cette lumière, il en rêvait depuis des jours et il allait enfin pouvoir terminer la toîle commencée depuis si longtemps.
Très haut dans le ciel la trainée blanche d'un avion de ligne, retint un instant son attention. Il imagina des îles qu'il ne verrait jamais, des hôtels gigantesques jetant chaque matin des hordes de touristes sur des plages dorées, un monde qui n'était pas le sien... Lui devait finir le tableau, et il en avait d'autres en préparation.
Il échangeait parfois des dessins pour avoir de quoi survivre, mais il n'était jamais parvenu à vendre un seul tableau. A part le restaurant du bourg et l'église où quelques unes de ses oeuvres étaient exposées, les galeries de la région lui étaient fermées. Il savait pourquoi depuis son enfance et d'une certaine manière c'était sa faute. Il avait atteint le dernier quart de sa vie et trouvé sa richesse loin de l'activité frénétique et dérisoire de ses semblables, espérant juste un soupçon de reconnaissance après sa mort, à défaut d'une célébrité interdite de son vivant.

D'une certaine manière c'était sa faute. Son talent n'était pas en cause et il lui aurait suffit de signer ses toiles d'un pseudonyme pour que sa vie ait été autre. Mais il était fier de son nom et surtout fier de sa peau d'ébène, ce fardeau de la différence, si lourd à porter...


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Mardi 29 avril 2008

publié dans : De pensées en citations

"Une photographie, c'est un fragment de temps qui ne reviendra pas."

 

Martine Franck


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Lundi 28 avril 2008

publié dans : Regard

Quand les enfants s'endorment, la nuit, portés sur les chemins du rêve par quelque mystérieux rayon de lune qu'eux seuls savent reconnaitre, des forces millénaires se réveillent et esquissent un tableau que le jour suivant révèlera de ses caresses de lumière. Le peintre trace les formes nouvelles que le soleil remplira de pastels au gré de son humeur encore changeante. Touches de vert tendre parsemées de taches d'or ou magenta, l'artiste à l'inspiration démesurée prépare dans l'ombre notre enchantement du petit matin.
Le printemps dessine...


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Dimanche 27 avril 2008

publié dans : Textes du temps perdu
 

A tes pieds toujours quelques fleurs.

Et toi qui attend, dominant la mer...

Qui parle en silence du souvenir de grands malheurs

Depuis cette langue de terre couverte de bruyère.

Combien d'épouses en larmes, le coeur brisé,

Sont ici venues prier un mari perdu.

Combien de mères désespérées, les poings fermés,

Sont ici venues pleurer un fils disparu.

Et toi qui attend, dominant la mer,

Le retour de toutes les âmes errantes

Des marins morts dans les tempêtes géantes.

Toi, l'humble statue taillée dans la pierre.

A tes pieds des roses et des dahlias...

Toi qu'on nomme la Vierge des naufragés,

Toi qui salue les héros oubliés

Des drames de l'histoire de la Pointe du Raz.


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C'est juste comme une île de lumière, plantée là, au milieu de la rivière aux flots parfois obscurs qui nous entraînent dans le tourbillon de la vie. Juste un blog pour dire...

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