Pensées repliées
L’attente de l’être aimé
Et la mer, priée.
07/2009
Pensées repliées
L’attente de l’être aimé
Et la mer, priée.
Il me revient en mémoire un petit panier de bois que mon père me donnait les dimanches de fin juillet. Et nous partions dans la montagne, cheminant comme de vieux amis pour cueillir les précieuses myrtilles que la magie de ma mère transformait en délicieuses confitures et en tartes somptueuses.
A flanc de montagne, nous avions nos petits coins secrets, sous bois à peine caressés par le soleil de midi, que j’imaginais habités par des fées et des lutins semeurs de myrtilles. C’est au bout du sentier que nous empruntions ces jours là, que l’horrible roue m’est apparue, trônant sur un pan de montagne mis à nu, gâchant mes retrouvailles avec ce lieu enchanté de mon enfance.
Une roue anachronique, inutile, sans doute oubliée depuis longtemps par ceux qui l’avaient plantée là, mais dominant une plaie béante dans la forêt, saignant encore cette terre rouge et sableuse, gorgée des odeurs âcres douces des orages de printemps.
Quel or y avait-il à arracher aux entrailles de cette paisible
et immuable montagne gardienne de majestueux sapins centenaires ? Peut-être l’avidité, la fascination de l’argent facile, ces pourvoyeurs de grandes
désillusions…
Une roue !
Une roue stérile offerte aux outrages du temps, comme un arbre mort offre ses moignons noircis et écorcés à la rigueur destructrice des pluies et des
vents.
Une roue grinçante et imbécile qui avait sans doute alimenté d’insatiables rêves de loisirs et de richesses que les hivers trop courts ne pouvaient pas rassasier !
Une roue de l’infortune juchée sur son mât d’acier rouillé, telle une statue grotesque érigée à la gloire de quelqu’âme cupide persuadée que détruire est plus rentable qu’aménager ou protéger !
Alors je me suis assis sur le bord d’un rocher, essayant d’imaginer qu’un jour, un vieil homme et un enfant viendraient par ici, devisant et riant, cherchant dans les touffes vert sombre s’étalant au pied de grands et fiers sapins, ces myrtilles succulentes qui donnent aux doigts des enfants de mystérieuses taches violettes et sucrées.
Je n’y suis pas parvenu et la montagne, ma montagne,
silencieuse, indifférente, ne m’a rien dit du devenir des hommes.
09/2009
J’ai voulu rencontrer l’artiste
Je n’ai trouvé que la voix du vent.
J’ai cherché un indice, une piste
J’ai trouvé la
signature du temps.
J’ai voulu rencontrer l’artiste
Je n’ai trouvé que le cours du temps
J’ai cherché un indice, une piste
J’ai trouvé les
couleurs du vent.
Pour ces tableaux sur béton,
Merci aux peintres de carène des ports bretons
Le Guilvinec/ Lechiagat - 05 / 2009
Demain 9 heures….. Pensif, je remets le téléphone au fond de ma poche. Nous repartons demain à 9 heures pour de trop nombreux kilomètres d’autoroute. A nouveau je vais quitter Quingdao la magnifique pour retrouver Xuzhou la terrifiante - Soudchou comme dit mon guide qui parle l’anglais presque aussi mal que moi. Nous nous comprenons de mieux en mieux et le courant passe. C’est l’essentiel…
C’est nuit douceur sur Qingdao et mes pensées ont la couleur du soir, teintées de gris. Je déambule sur les quais, dans ce bord de mer où il y a juste un an se déroulaient les compétitions olympiques de voile. Le lieu est beau, l’esplanade immense, ouvrant sur un port entouré de bâtiments à l’architecture futuriste, musée de la voile, yachting club local, centre d’affaires…
En haut d’un escalier, une boussole surmontée d’un panneau indicateur est gravée dans les dalles de pierres polies. Plein est, une flèche indique Long Beach 10 700 kilomètres. A l’opposé, je lis Nantes 9 100 kilomètres.
La France, ne pas y penser, pas encore…
Dans moins de 10 jours, passage au pays, quelques vacances puis retour ici. Un dernier voyage dans cette Chine mystérieuse que l’on croit parfois comprendre et qui s’échappe par là ou on ne l’attend pas. Quelle Chine ai-je rencontré…..La réponse aussi m’échappe dans le rire éclatant d’une écolière agitant l’obligatoire carré de tissu rouge comme pour m’inviter ou me narguer.
La Chine des touristes, temples et muraille, je ne l’ai pas approchée ; elle n’est certainement pas la vraie. Celle des campagnes avec ses masures de briques à l’aspect délabré et ses paysans pauvres, aux mains usées par la terre qui trop souvent se refuse à donner, je n’ai fait que l’apercevoir à travers les rangs de peupliers bordant des autoroutes à peine terminées ou encore en chantier. Vision presque médiévale, cette Chine où le train du changement n’est pas encore passé, paie au prix fort la facture du progrès. Est-elle pour autant l’image vraie ?
Au bout de ma route, je me suis plongé dans la Chine ouvrière au dynamisme effréné, porté par une jeunesse qui rêve d’avenir et qui sait déjà comment le réaliser. Les scooters électriques, les écrans plats HDTV, Les téléphones portables sophistiqués, c’est la norme, la règle, la vision presque aboutie de dirigeants qui un jour ont ouvert une petite porte en disant simplement « amusez-vous, gagnez de l’argent ! ». Et le souffle du progrès s’est imposé avec la puissance d’un ouragan. Ici, quelques mois suffisent pour détruire et reconstruire tout un quartier, effacer les marques d’un autre temps, d’un passé encore récent, douloureux, difficile.
Et puis il y a cette autre Chine où les buildings de verre se tendent vers le ciel dans une symphonie de formes et de couleurs exprimant toute l’obstination et la fierté d’un peuple qui déjà vogue dans le futur. Au pied des colosses de béton et d’acier enfermés dans de larges avenues bordées d’arbres et de fleurs, s’offrent les vitrines des boutiques raffinées et innombrables, affichant les marques prestigieuses venues des quatre coins du monde. Derrière un gros rocher, presque caché à la vue des promeneurs, une pelle mécanique dévore un vieux hangar, livrant au grand jour l’épave d’une antique vedette garde côte vert olive. Demain sans doute il n’en restera plus trace. Le grand timonier et ses barbelés ne sont plus qu’un chapitre de l’histoire, les grandes civilisations survivent aux périodes noires en s’inventant l’avenir.
Quelle Chine est la vraie ? C’est nuit douceur sur Qingdao la magnifique et depuis l’esplanade immense couverte de dalles en granite rosé, pour la première fois peut-être, la ville me parle, me raconte une belle aventure, et la réalité du monde en train de changer.
« One World One Dream », la vision
centenaire et fondatrice de l’esprit sportif olympique prend alors un autre sens qui donne à méditer. Sur les marches qui mènent au bout du quai, un top model au regard de braise mime une danse
innocente et suggestive, sans ambiguïté ; séance photo pour une publicité.
17/08/2009
Enfin j’ai posé mes valises
Après tout ce temps
Posées… Définitivement
Ma maison, mon église,
Le regard de la femme aimée
Et son corps pour s’y noyer,
Mon île perdue, abandonnée,
Voila mes rêves des nuits d’été.
Fenêtre d’hôtel rideaux ouverts,
J’ai vécu là, étranger, solitaire.
Travailler puis regarder la mer,
Compter les jours, les samedis
Les avions repartant vers Paris,
Rien d’autre à faire, c’est la vie,
Celle des jours gris, et c’est fini.
J’ai remis mes chaussons usés
Comme pour le sort conjurer,
Car je ne suis qu’un nouveau né
Dans l’univers des retraités.
Peut-être écrire mes mémoires
Ou alors me mettre à boire…
Que faire de tout ce temps ?
Avec vous, je suis, dorénavant
Pour rire écrire et chanter
En vers en prose ou en photos
Ce rêve d’un monde plus beau.
Où les larmes perles de rosée
Où les nuits noires d’or teintées
Où coulent pour les cœurs blessés
Les douces rivières de l’amitié.
Le temps est mien désormais
Avec bien des songes à partager.
Entre les rives
incertaines
Du temps qui s'enfuit
Rien, rien
Qu'un lieu pour dire...
Derniers Commentaires