Mercredi 28 mai 2008

Publié dans : Sur mon étagère

Depuis le premier Adam qui vit la nuit
Et le jour et la forme de sa main,
Les hommes inventèrent et fixèrent
Dans la pierre ou le métal ou sur le parchemin
Tout ce qu'enferme la terre ou que modèle le songe.
Voici leur travail : la Bibliothèque.

... Les infidèles affirment que, si elle brûlait,
Brûlerait l'histoire. Ils se trompent.
Les veillées humaines engendrèrent
Les livres infinis. Si d'eux tous il n'en demeurait qu'un,
Les hommes recommenceraient
A engendrer chaque page, chaque ligne....

                                                      Jorge Luis Borges


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Mardi 27 mai 2008

Publié dans : Textes du temps perdu

 

Elle était si belle ce jour là…

Alors j’ai écrit au feutre noir,

Je t’aime, sur les touches d’ivoire.

Dire les mots, cela ne suffit pas.

 

Elle s’est mise au piano, souriante,

Doigts caressant les touches d’ivoire.

Envol musical d’une passion naissante

Sur mes je t’aime tremblants d’espoir.

 

A quatre mains nous avons appris à jouer

Tous les je t’aime, mélodies improvisées.

Et à l’ombre du piano toujours accordé

Pour la vie nous nous sommes aimés.

 

Elle est toujours aussi belle, quand le soir

Ses doigts s’amusent sur les touches d’ivoire

A tracer l’histoire d’un grand amour,

Etonnante musique de notre toujours.

 


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Lundi 26 mai 2008

Publié dans : De pensées en citations


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Vendredi 23 mai 2008

Publié dans : Histoires ordinaires

Il s’appelle Emile, enfin je crois, parce que tout le monde l’appelle ainsi. Comment a-t-il surgi dans mon univers, je ne sais plus très bien, ni pourquoi, ni quand, mais au fil des années il est devenu un ami. Emile est un grand père heureux, tranquille, en pleine forme. Il a soixante dix sept ans.

Ce jour de septembre, nous étions sur la jetée, au bout du port, attendant le retour des chalutiers. Nous regardions vers le large, en silence, et dans ce silence je devinais qu’il s’apprêtait à me dire des choses sérieuses, peut-être importantes.

« Ce sera brumeux demain matin mais la journée sera belle. » Emile se trompe rarement sur le temps. Il est né près du port et connaît mieux la mer que les villages de l’arrière-pays. Je savais qu’il n’attendait pas de réponse, qu’il voulait juste éveiller mon attention. Qu’avait-il donc à me dire ?

Apprenti pêcheur à l’âge de quatorze ans, embarqué sur un hauturier à dix sept, il a couru l’atlantique du golfe de Gascogne jusqu’à Terre-Neuve en passant par l’Irlande, et vécu des tempêtes qui engendrent des vagues terrifiantes, de celles qui ouvrent béantes, les portes de l’enfer. Devenu patron pêcheur, Emile a quitté le métier à soixante cinq ans passés, à regrets, et sa passion pour la mer, intacte, se lit dans ses yeux brillants, aux reflets couleur océan.

« Demain je ramène un bateau, si tu veux tu peux m’accompagner ». Il me regarda et se mit à rire devant mon air surpris puis ajouta « on part à cinq heures ». Je ne comprenais pas, alors il m’expliqua. L’un de ses voisins, patron pêcheur comme lui avait eu un accident. Jambe et poignet cassé alors qu’il pêchait. L’homme était à l’hôpital, le bateau dans un port à une quarantaine de kilomètres et son marin trop inexpérimenté ne pouvait ramener le chalutier. Emile rendait service.

Je sentis qu’il serait blessé par un refus. Le lendemain, dans la voiture, j’essayais de me réveiller. J’avais pris un comprimé contre le mal de mer, au cas où... Sur le quai, le jeune marin nous attendait. Il n’était pas du voyage, chargé de ramener la voiture. Le chalutier de treize mètres était magnifique, fraîchement repeint en rouge, une bête de somme tout en acier, taillée pour la haute mer.

J’avais rejoint Emile dans l’étroite cabine de pilotage et je l’observais à la dérobée. Il était transfiguré, rajeuni d’au moins vingt ans. Ses gestes étaient rapides, précis, l’électronique de bord, il connaissait et, me montrant le GPS qu’il avait mis en marche, « le machin » comme il disait, « C’est pas avec ça qu’on fera des vrais marins »…. Emile était d’une autre trempe, d’un autre temps.

Que dire du voyage ? J’ai écouté, j’ai appris un peu de la mer et beaucoup de l’homme. Je ne voyais plus le vieillard tranquille, mais le marin, le grand capitaine  qui vivait une fois encore son rêve de naviguer. Dans le chenal étroit qui nous ramenait au port, il ne regarda pas une seule fois les instruments, louvoyant avec une implacable précision entre les rochers invisibles, tapis à deux ou trois mètres sous l’eau. Je compris enfin ses longs silences lorsque, du bout de la jetée, nous regardions loin vers le large. L’histoire d’Emile était l’océan et quelque part, il appartenait à l’océan.


Lorsque le chalutier fut solidement amarré, il regarda sa montre. « Pile à l’heure. Allons boire un verre, c’est mérité ». Puis, le temps de quelques pas sur le quai, le visage rayonnant d’Emile sembla se fermer et son corps se voûter. Le formidable marin que je venais de rencontrer s’effaçait, laissant la place au grand père tranquille que je connaissais.


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Jeudi 22 mai 2008

Publié dans : Sur mon étagère

"La vallée où ils vivent et meurent
est pareille à un vieux bol cassé
où ils ne mangent plus à leur faim.

Sur les seuils le soir ils restent muets,
sachant que les paroles sont dites
et tout désir déjà épuisé.

Humblement ils tendent leur vieux bol
vers les étoiles qui toujours passent,
vers les loriots qui ne reviendront plus."

                                     François Cheng  -  A l'orient de tout


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