Jean François Millet - huile sur toile -
1857
Dans l’horizon monte le chant de la récolte abondante, comme une promesse de richesses et d’opulence, arrière plan que ne voient même plus ces femmes sans visage, courbées par le poids de la misère, fouillant à même la terre pour y trouver dans quelques maigres épis oubliés, les grains de la survie.
Il est des tableaux qui ne se regardent pas, mais se lisent comme des livres, et ce tableau raconte une histoire pleine d’une vie simple, triste mais sans désespoir, une belle histoire qu'avec d'autres mots, un peintre pourrait écrire aujourd'hui.
Dimanche vers 21H30. Excès de bonne chair et d’alcool ou état grippal avancé, une migraine terrible m’a pris pour cible et,
depuis un point invisible entre les deux yeux, des vagues de douleurs se déchaînent dans toute ma tête. L’armoire à pharmacie est vide, me contraignant à une expédition vers la pharmacie de
garde, heureusement située cette nuit là à quelques centaines de mètres.
Nanti de quelques boîtes des précieux comprimés qui soulagent, je suis pressé de rentrer. Il fait froid et les cloches qui résonnent douloureusement dans mon crâne me poussent à accélérer le pas et à prendre le chemin le plus court, passant par une petite place piétonnière à l’éclairage douteux.
La place est déserte à l’exception d’une gamine qui joue bruyamment à la marelle près du bac à fleurs marquant le centre des lieux. Ma surprise se mue en stupéfaction lorsque l’enfant m’interpelle avec un « Bonjour monsieur, je m’appelle Marion et j’ai six ans ! » Comment des parents peuvent-ils laisser ainsi leurs enfants dehors, dans le froid, dans la nuit.... Inconscience ou irresponsabilité ?
Je décide d’intervenir et m’approche de la petite, l’invitant fermement à rentrer chez elle compte tenu de l’heure et de l’école le lendemain. Elle ne me regarde même pas, poursuivant son jeu avec une désarmante application. Tout en sautillant de case en case elle me répond avec un brin d’énervement dans sa petite voix.
« D’abord, toi, j’ te connais pas ; et puis je fais c’ que je veux ! »
A la fois amusé et presque sans voix par tant d’aplomb, je m’apprête à hausser un peu le ton, lorsque j’aperçois une silhouette arrivant à grandes
enjambées vers moi. C’est la silhouette en uniforme d’un policier municipal que je croise depuis des années dans le bourg.
« Sacré numéro hein ! C’est la fille de la pizzeria. Sa mère travaille et elle a trouvé les clés. J’ai
l’habitude, je la ramène au restaurant deux fois par semaine ! »
Puis le policier engage la négociation avec l’enfant, dialogue surréaliste. Marion, une vraie tête de mule, résiste, menace, arguant que sa partie n’est pas finie, qu’elle est grande, que c’est elle qui décide....
L’autorité conférée
par l’uniforme finit cependant par donner des résultats et la gamine accepte de rejoindre sa mère, escortée de près par le policier.
Marion ne risque plus rien. Je m’éloigne, pensif, me demandant dans quel monde on vit.... Deux comprimés plus tard, mon mal de crâne s’estompe peu a peu et derrière le
visage enjoué de la fillette, toujours présent dans mon esprit, c’est un déluge de questions auxquelles hélas, je ne trouve pas les réponses.....
Il a rangé sa guitare et ses partitions,
Mis au panier les dernières chansons.
Les salles trop vides ont détruit l’envie
Et le miroir lui renvoie des cheveux gris.
Un drôle d’hiver est tombé sur sa vie.
Projecteurs éteints, ne reste que la nuit
Traversée par l’écho d’une gloire ternie.
Modes changeantes et temps qui s’enfuit.
Quand l’évidence, c’est n’être plus rien
Qu’un anonyme perdu au bout du chemin,
Une musique usée qui ne fait plus danser,
Un vieux refrain depuis longtemps oublié,
Il est temps d’organiser le dernier adieu.
Mieux vaut périr que ne plus être aimé,
Mieux vaut s’élever vers d’autres cieux
Puisque dit-on, l’artiste ne meurt jamais.
« Chaque matin était un
miracle....
Il rouvrait les yeux et la cathédrale inachevée dressait devant lui son arche puissante et légère ; si puissante qu’elle paraissait nouée à la terre par des
millions de racines qui l’irriguaient des sucs profonds des âges barbares de la chrétienté ; si légère que le vent semblait danser à travers elle, la tendre comme un
voile...
Dans ce sanctuaire grandiose, il n’y avait guère de poutre, de lame de plomb, de statue, de colonne, de pilier, de vitrail sur lesquels il n’eût posé le regard, la
main ou les deux à la fois. Aucune des marques des tâcherons qui timbraient les blocs ne lui était étrangère ; elles auraient pu lui révéler le nom et le visage de ces compagnons perdus
depuis des lustres dans le sillage de ce vaisseau de pierre, morts peut-être, oubliés sûrement. Oubliés comme lui, Vincent, le serait un jour, sans le moindre paraphe pour attester sa
présence....
Seule compte la survie de l’œuvre. Il avait d’ailleurs encore tant à lui donner, jusqu’aux limites de ses forces, tant de peine, tant d’amour, tant de foi...
Il aurait aimé vivre trois existences de plus pour voir nager en plein ciel, ailes écartées, cet aigle de pierre, pour contempler les grandes roses dispersant leurs diaprures, pour voir le peuple des saints escalader dans un déluge de couleurs et de clarté la grande façade, pour entendre la prière des foules pressées sous le portail d’Anne et l’essaim des cloches bourdonner dans le printemps des pierres. »
Il y a comme cela, des livres que je retrouve avec plaisir lors d’une promenade dans ma bibliothèque, agréable plongée vers des histoires venues d’une époque différente, que je ne peux qu’imaginer.
Michel Peyramaure, écrivain français né en 1922 en Corrèze a écrit de nombreux romans historiques. Il nous raconte ici l’histoire de la construction de Notre Dame de Paris. Roman passionnant qui se glisse dans le chantier grouillant d’un coin de l’île de la cité, où se côtoient entre maisons de chanoines, bordels et prisons, des hommes et des femmes brûlants de passions et épris de liberté.
Editions Robert Laffont - 1983.
Entre les rives
incertaines
Du temps qui s'enfuit
Rien, rien
Qu'un lieu pour dire...
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