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Publié le par DECRYPTO

 

  Derrière la foule massée autour du monument, quelques enfants jouent une partie de cache cache improvisée dans les voitures du parking bondé. Un notable, face à une assemblée silencieuse, lit un discours, scène banale des matins consacrés aux retrouvailles avec le passé. A quelques mètres, un jeune couple semble s’ennuyer. Elle a les yeux baissés et lui,  jette fréquemment un regard à l’horloge du clocher tout proche. Que savent-ils encore de ce passage des hommes dans l’enfer, eux qui comme moi, n’ont connu que les espérances promises par des nations enfin apaisées ?

 

  Brutalement mon esprit s’évade, je n’écoute plus l’empilage de lieux communs porté par la voix hésitante de l’orateur.

 

  91 ans…..Le temps n’a-t-il pas fait perdre à la commémoration une partie de son sens ? N’est-il pas temps de confier à l’Histoire le soin de veiller à la précieuse mémoire ?

 

  Le souvenir collectif de cette folie meurtrière où l’unité de compte n’était plus le kilomètre de terrain gagné ou perdu contre l’adversaire, mais le millier de morts tombés au champ d’honneur, est gravé en lettres d’or sur les obélisques de nos villages.  Il durera le temps que durent les pierres et c’est bien plus qu’une vie d’homme, bien plus  que sa mémoire fragile, soumise à l’offensive d’oubli qui accompagne avec chaque génération, chaque changement du monde.

 

  Plus que la célébration du jour de l’arrêt des combats, la société a la difficile obligation d’apprendre, de faire comprendre à ses enfants les pourquoi, les comment et sans doute aussi, à travers l’enseignement de la valeur inestimable de la vie, l’abominable d’une guerre qui portait en son sein, les germes de la suivante. Et revient à ma mémoire cette phrase terrible de Paul Valéry  « Les guerres sont faites par des gens qui s’entretuent et ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne s’entretuent pas. » 

 

Le jeune couple, main dans la main, s’en est allé sitôt la gerbe de fleurs déposée. Que pouvait-il transmettre d’autre aux enfants de ses enfants sinon le nom d’un parent  qu’il n’avait pas connu, emporté autrefois dans ce soubresaut infernal de la longue marche de la civilisation.

Est-il encore besoin de cérémonie ?


L’avenir ne se construit pas en glorifiant les héros d’un passé trop lointain, mais se bâtit en tenant compte de l’héritage qu’ils nous lèguent ; un terrible avertissement de la barbarie qui vit encore dans le cœur des hommes.

 

Déjà, la matinée  touche à sa fin. Dans la fanfare qui rejoint ses quartiers, un tambour joue à contre-temps….

 

 

Publié dans Histoires ordinaires

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Angel 17/11/2009 22:46


je trouve que trop souvent l'héritage du passé n'a pas été parole de paix et d'avenir..(par ceux qui demeuraient..).aussi je me suis longtemps méfié des commémorations,même s'il faut rendre hommage
a ceux qui sont morts pour un mieux ...


celange 16/11/2009 10:48


coucou decrypto si nous avions la sagesse de tirer tjrs des leçons de nos erreurs nous en ferions moins mais voilà nous ne sommes pas tjrs très sage (sourire) bonne journée bisous à+


Jakline 16/11/2009 00:02


Un bel argumentaire que je partage complètement; à l'heure où nos instances gouvernementales se préoccupent de remettre à l'ordre du jour les valeurs françaises, il serair peut-être bon de faire de
vrais choix.


iriwin 15/11/2009 13:38


combien; avec ce texte ai-je le même sentiment
laisser en paix l'histoire qui figurera dans les livres
car, plus personne ne peut frémir à se ressouvenir
puisque le dernier survivant est en Angleterre et canonique
et les enfants aujourdh'ui ont tant et tant à penser et réver autre que ce souvenir qui ne leur appartient pas.
et puis et puis ...


liedich 14/11/2009 12:36


Bonjour DECRYPTO,
La phrase de Paul Valery est une sorte de litanie qui m'anime depuis bien longtemps. Je confiais encore au papier pas plus tard qu'hier au soir mon étonnement quant à l'évidence que ses mots
transportent. L'ineptie. Je continue de ne pas comprendre. L'homme commun, par opposition à la quasi intégralité de nos gouvernants à quelque endroit qu'ils se trouvent, est il aveugle. Le monde
actuel est il assez monstrueux pour boucher leurs yeux ?
Je ne comprends pas.
Quant à ton texte, très plaisant et empreint de ta "forte douceur" habituelle, je rejoins ce que tu écris tout en me disant : par respect pour ceux qui ne sont pas morts, nous devons continuer.
Nous devons, pour la pédagogie, faire encore plus auprès des enfants. Je choque mais le cache cache n'a pas sa place là et il faut l'expliquer. Ne nous contentons une fois l'an de faire un beau
discours. Claironons les valeurs de ces hommes et la perte de ces valeurs aujourd'hui.
L'homme de la rue est manipulé et l'on abêtit nos enfants à l'école. A quand la glorification des valeurs de la guerre ? J'ai peur mon Ami.
Merci et douce journée.