Onze Novembre

Publié le par DECRYPTO


Marne, Meuse. J’ai longuement marché sur ces terres de mémoire meurtries par l’histoire, à la recherche des lieux qui scellèrent le destin d’un grand père avec qui j’aurais tant aimé parler.

De Laon à Douaumont, j’ai traversé les  bois et les champs, ne pouvant plus qu’imaginer les paysages dévastés qui furent l’horizon de ses rêves anéantis, et le cadre incandescent qui lui prit son ultime souffle de vie. J’ai longé la Voie Sacrée, laissant mon regard se perdre dans ces temps de folie d’où n’émergent plus aujourd’hui que les longues files de croix immaculées, marques indélébiles d’une époque où trop d’hommes se sont noyés. Du Chemin des Dames à la Caverne du Dragon, j’ai parcouru d’innombrables sentiers qui furent autrefois autant de tranchées, dévorant au rythme infernal des combats, des milliers et des milliers de jeunes soldats.


A l’adolescent qui, sur la place du village, en ce jour de cérémonie, m’a demandé pourquoi la foule rassemblée ne dansait pas au rythme des chants de la victoire, j’ai répondu qu’amères et tristes sont les victoires trop chèrement payées.


Et puis, seuls devant l’obélisque de pierre, symbole de ces années effroyables où l’homme s’est éloigné de l’humanité, nous avons cherché dans l’interminable liste des héros disparus, ceux qui étaient nos aïeux. L’adolescent à mes cotés, s’est baissé, a ramassé une fleur blanche tombée d’un bouquet et l’a mise dans ma main en souriant. La fleur était belle et glacée et je ne sais pourquoi j’ai pensé qu’une page se tournait, que grand père était enfin en paix.

Publié dans Textes du temps perdu

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liedich 19/11/2008 10:08

L'extrême sensibilité de tes mots viend de me faire frissonner. J'aime ce sentiment que je trouve souvent en Toi et la justesse de tes mots. Merci.

Angel 17/11/2008 15:56

LES LECONS DU PASSE SONT PARFOIS IMPERCEPTIBLES SAUF DANS DES SIGNES SOUDAINS VENUS PAR HASARD...

Nickyza 17/11/2008 15:43

Oui il y a des victoires bien trop cher payées...Toutes les guerres sont terribles mais la pire je pense fut celle de 14/18...effroyable!
Mon grand-père était à Verdun lui...Quand nous nous sommes installés en Champagne, il est venu passer quelques jours ici et a voulu faire un saut à Verdun...Quel choc de voir cet homme s'écrouler sous l'émotion et laissant un flot de larmes s'écouler de ses yeux si bleus et si doux...J'avais 14 ans et je m'en souviendrai toujours...Là où il posait chacun de ses pas, il nous expliquait l'horreur...J'ai eu cette chance de partager avec lui ces souvenirs terribles...
Comment réussir à continuer de vivre "normalement" après avoir vécu de tels traumatismes?...Nos générations ont de la chance de ne jamais avoir connu ça...

Euh...aujourd'hui sur mon blog, j'ai mis ton lien: euh...je t'ai tagué 123...oui je sais... je suis vilaine...mais fallait que je refile le bébé, hihi!!
MAIS j'ai bien dit: on n'est pas obligé de participer, hein!!(c'est ma règle à moi que j'ai instituée aujourd'hui!)
Bonne journée à toi Decrypto, ami champenois :-)))

katherine 17/11/2008 14:56

Terribles sont les guerres mais celle ce 14/18 l'a tout particulièrement été.
Tes mots sont très vrais.