Enfance

Publié le par DECRYPTO


     Dimanche  vers 21H30. Excès de bonne chair et d’alcool ou état grippal avancé, une migraine terrible m’a pris pour cible et, depuis un point invisible entre les deux yeux, des vagues de douleurs se déchaînent dans toute ma tête. L’armoire à pharmacie est vide, me contraignant à une expédition vers la pharmacie de garde, heureusement située  cette nuit là à quelques centaines de mètres.

     Nanti de quelques boîtes des précieux comprimés qui soulagent, je suis pressé de rentrer. Il fait froid et les cloches qui résonnent douloureusement dans mon crâne me poussent à accélérer le pas et à prendre le chemin le plus court, passant par une petite place piétonnière à l’éclairage douteux.

     La place est déserte à l’exception d’une gamine qui joue bruyamment à la marelle près du bac à fleurs marquant le centre des lieux. Ma surprise se mue en stupéfaction lorsque l’enfant m’interpelle avec un  « Bonjour monsieur, je m’appelle Marion et j’ai six ans ! » Comment des parents peuvent-ils laisser ainsi leurs enfants dehors, dans le froid, dans la nuit.... Inconscience ou irresponsabilité ?

     Je décide d’intervenir et m’approche de la petite, l’invitant fermement à rentrer chez elle compte tenu de l’heure et de l’école le lendemain. Elle ne me regarde même pas, poursuivant son jeu avec une désarmante application. Tout en sautillant de case en case elle me répond avec un brin d’énervement dans sa petite voix.

     «  D’abord, toi, j’ te connais pas ; et puis je fais c’ que je veux ! »

     A la fois amusé et presque sans voix par tant d’aplomb, je m’apprête à hausser un peu le ton, lorsque j’aperçois une silhouette arrivant à grandes enjambées vers moi. C’est la silhouette en uniforme d’un policier municipal que je croise depuis des années dans le bourg.
     «  Sacré numéro hein !  C’est la fille de la pizzeria. Sa mère travaille et elle a trouvé les clés. J’ai l’habitude, je la ramène au restaurant deux fois par semaine ! »

     Puis le policier engage la négociation avec l’enfant, dialogue surréaliste. Marion, une vraie tête de mule, résiste, menace, arguant que sa partie n’est pas finie, qu’elle est grande, que c’est elle qui décide....

L’autorité conférée par l’uniforme finit cependant par donner des résultats et la gamine accepte de rejoindre sa mère, escortée de près par le policier.
     Marion ne risque plus rien. Je m’éloigne, pensif, me demandant dans quel monde on vit.... Deux comprimés plus tard, mon mal de crâne s’estompe peu a peu et derrière le visage enjoué de la fillette, toujours présent dans mon esprit, c’est un déluge de questions auxquelles hélas, je ne trouve pas les réponses.....

Publié dans Inattendus

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Nickyza 13/02/2009 15:48

Effrayant oui...On peut travailler certes, même beaucoup...mais les enfants passent en priorité, non? ....Les protéger avant tout...surtout par les temps qui courent!

Azalaïs 08/02/2009 13:23

tu sais dans les quartier que l'on dit chads, les enfants ont l'habitude de rester dehors longtemps sans que personne ne s'en soucie!
J'espère que tu vas mieux
bises

Bigornette 04/02/2009 17:44

une histoire folle qui n'arrange pas le mal de tête... c'est vraiment grave, et pourtant je le crois plus fréquent qu'on ne le croit... Inconscience des parents...en tout cas la môme elle n'a pas froid aux yeux... j'espère que depuis tu vas mieux... Bisous...

fêlure 04/02/2009 17:29

je connais une fillette qui à 8 ans se tapait seule une heure de trajet métro et bus pour aller à l'école et plus le mercredi avec les activitées...seule avec sa mère qui ne pouvait pas faire autrement

Oxygène 04/02/2009 15:13

Ton texte me fait froid dans le dos. Les enfants livrés à eux-mêmes sont des cibles tellement faciles... La petite Marion a beau dire "J'suis grande, j'fais c'quej'veux"... Que pourrait-elle faire face à quelqu'un de mal intentionné ?
Qui est responsable de cet "abandon" des enfants...??? La vie est dure pour certains. Tous les parents n'ont pas une Nounou disponible sous la main ou n'ont pas les moyens d'en avoir une et certains sont parfois inconscients.... Mais que de risques encourus par l'enfant...
J'ose à peine y penser...