One World One Dream

Publié le par DECRYPTO

Demain 9 heures….. Pensif, je remets le téléphone au fond de ma poche. Nous repartons demain à 9 heures  pour de trop nombreux kilomètres d’autoroute. A nouveau je vais quitter Quingdao la magnifique pour retrouver Xuzhou la terrifiante - Soudchou comme dit mon guide qui parle l’anglais presque aussi mal que moi. Nous nous comprenons de mieux en mieux et le courant passe. C’est l’essentiel…

C’est nuit douceur sur Qingdao et mes pensées ont la couleur du soir, teintées de gris. Je déambule sur les quais, dans ce bord de mer où il y a juste un an se déroulaient les compétitions olympiques de voile. Le lieu est beau, l’esplanade immense, ouvrant sur un port entouré de bâtiments à l’architecture futuriste, musée de la voile, yachting club local, centre d’affaires…

En haut d’un escalier, une boussole surmontée d’un panneau indicateur est gravée dans les dalles de pierres polies. Plein est, une flèche indique Long Beach 10 700 kilomètres. A l’opposé, je lis Nantes 9 100 kilomètres.

 

La France, ne pas y penser, pas encore…

 

Dans moins de 10 jours, passage au pays, quelques vacances puis retour ici. Un dernier voyage dans cette Chine mystérieuse que l’on croit parfois comprendre et qui s’échappe par là ou on ne l’attend pas. Quelle Chine ai-je rencontré…..La réponse aussi m’échappe dans le rire éclatant d’une écolière agitant l’obligatoire carré de tissu rouge comme pour m’inviter ou me narguer.

La Chine des touristes, temples et muraille, je ne l’ai pas approchée ; elle n’est certainement pas la vraie. Celle des campagnes avec ses masures de briques à l’aspect délabré et ses paysans pauvres, aux mains usées par la terre qui trop souvent se refuse à donner, je n’ai fait que l’apercevoir à travers les rangs de peupliers bordant des autoroutes à peine terminées ou encore en chantier. Vision presque médiévale, cette Chine où le train du changement n’est pas encore passé, paie au prix fort la facture du progrès. Est-elle pour autant l’image vraie ?  

 

Au bout de ma route, je me suis plongé dans la Chine ouvrière au dynamisme effréné, porté par une jeunesse qui rêve d’avenir et qui sait déjà comment le réaliser. Les scooters électriques, les écrans plats HDTV, Les téléphones portables sophistiqués, c’est la norme, la  règle, la vision presque aboutie de dirigeants qui un jour ont ouvert une petite porte en disant simplement « amusez-vous, gagnez de l’argent ! ». Et le souffle du progrès s’est imposé avec la puissance d’un ouragan. Ici, quelques mois suffisent pour détruire et reconstruire tout un quartier, effacer les marques d’un autre temps, d’un passé encore récent, douloureux, difficile.

 

Et puis il y a cette autre Chine où les buildings de verre se tendent vers le ciel dans une symphonie de formes et de couleurs exprimant toute l’obstination et la fierté d’un peuple qui déjà vogue dans le futur. Au pied des colosses de béton et d’acier enfermés dans de larges avenues bordées d’arbres et de fleurs, s’offrent  les vitrines des boutiques raffinées et innombrables, affichant les marques prestigieuses venues des quatre coins du monde. Derrière un gros rocher, presque caché à la vue des promeneurs, une pelle mécanique dévore un vieux hangar, livrant au grand jour l’épave d’une antique vedette garde côte vert olive. Demain sans doute il n’en restera plus trace. Le grand timonier et ses barbelés ne sont plus qu’un chapitre de l’histoire, les grandes civilisations survivent aux périodes noires en s’inventant l’avenir.

 

Quelle Chine est la vraie ? C’est nuit douceur sur Qingdao la magnifique et depuis l’esplanade immense couverte de dalles en granite rosé, pour la première fois peut-être, la ville me parle, me raconte une belle aventure, et la réalité du monde en train de changer.

« One World  One Dream », la vision centenaire et fondatrice de l’esprit sportif olympique prend alors un autre sens qui donne à méditer. Sur les marches qui mènent au bout du quai, un top model au regard de braise mime une danse innocente et suggestive, sans ambiguïté ; séance photo pour une publicité.

17/08/2009

Publié dans Regard

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liedich 16/10/2009 06:47


One world One dream, que l'emblème est beau ! Quelle fausseté ! Où se retrouver dans tout cela ? Que d'envie qui nait et qui déçoit ?
Qu'a t on fait de la vérité et d'ailleurs la vérité existe elle ?
Je marche dans tes pas et mes yeux ne savent plus où se poser pour croire mais croire...
Publicité pour la vie.
Rien de plus.
Je ne voudrais avoir rien connu.
Comment rajouter bonne journée avec sincérité ? Pardonne moi.


Le Bigorneau : 09/10/2009 11:45


Tu étais donc en Chine... dépaysement assuré... pas facile sans doute d'être loin de chez soi dans ce type de pays "multifaces" c'est bien écrit... je suppose que l'écriture t'aidait dans tes
instants de solitude... On sent que malgré tout tu reviens avec l'impression d'avoir raté le côté authentique de cette dernière...je ne crois pas me tromper... et c'est logique si tu y étais pour
bosser... dans un pays si grand, tu rates forcément plein de choses... bisous mon ami belle journée


Renard 08/10/2009 01:42


Quel bonheur cette description, ces interrogations, où je retrouve ma perplexité quand je visite un endroit et que j'ai du mal à oublier tout ce que j'en avais appris dans les livres ou les
médias.
Là, tu fais un plongeon, et tu te rends compte qu'au lieu d'un fond que tu pensais lisse et sableux, il y a une forêt à découvrir dont tu ne peux explorer tous les chemins...
Merci pour ce texte, cette photo.
Bon jeudi à toi


Fee des Bois 07/10/2009 18:09


Je me retrouve ici !J'aurai pu te servir d'interprète ! je suis traductrice de chinois/japonais depuis une trentaine d'années !! Tu peux jeter un oeil sur mon site pro :
http://www.sakura-traductions.com


Quichottine 07/10/2009 10:55


Je te lisais... et, en te lisant, je me disais qu'elle est sans doute dans ce puzzle qu'on a du mal à imaginer.

Je crois que chacun ne voit qu'une partie de son propre pays... alors, comment voir l'intégralité de ceux que l'on traverse ?

En France, nous voyons Paris... ceux qui nous visitent voient Paris. Quelques rues, pas toutes... la Banlieue que l'on montre à la télé n'est pas "toute" la banlieue. La province est aussi une
multitude de vérités si différentes que parfois on a l'impression d'arriver ailleurs, dans un autre monde, totalement inconnu.

Il y a encore des endroits sans téléphone, sans presque de confort... Une unique pièce avec un sol en terre battue, je l'ai vue, il n'y a pas si longtemps, à peine quelques années. Une femme seule
y vivait depuis plus de 80 ans. Elle y était heureuse.

Comment tout voir, tout savoir ?

La Chine est un pays immense. Tu as beaucoup de chance d'avoir pu en contempler quelques beautés. Ta photo est sublime !

... Pardon d'avoir été longue. Passe une belle journée.