Jour ordinaire

Bon. Vous raconter mon histoire depuis le début serait difficile parce que j'ai bien peur de ne plus m'en souvenir. Juste quelques images fugaces de neige, de forêts impénétrables, de montagnes immenses, et puis des impressions : la peur, la faim, la solitude... Puis, un jour, tout a changé. Je savais pourtant par instinct qu'il me fallait fuir comme la peste les têtes rondes multicolores à deux pattes, mais ce jour là, ils m'ont attrapé par surprise et j'ai cru ma dernière heure arrivée.
Les têtes rondes multicolores à deux pattes sont des bêtes bizarres, mais j'en ai moins peur aujourd'hui. Je pense même en avoir apprivoisé certains. Il faut dire que je suis maintenant un mâle adulte et je mesure soixante deux centimètres. J'ai un territoire à moi, un peu trop petit à mon goût. Je m'inquiète un peu car je ne peux pas en sortir, mais ce n'est pas là mon souci principal.
Tous les matins je descends de mon arbre et je fais le tour de mon territoire cherchant des traces, des odeurs ennemies ou amies. Il n'y en a pas, alors j'attends la tête ronde que j'ai apprivoisée. Elle m'apporte mon plat préféré, une énorme ration de bambous que je peux déguster tranquillement depuis le toit de ma cachette construite dans un arbre. Curieusement je suis en parfaite sécurité, même les têtes rondes à deux pattes étrangères ne franchissent pas les limites de mon domaine. Elles défilent toute la journée et je les observe. Cela m'occupe. Quand il fait trop chaud l'après midi, je me fais une petite sieste. Je ne comprends pas pourquoi, mais dès que je suis dans ma cache, les têtes rondes à deux pattes sont moins nombreuses.
Elles sont vraiment bizarres ces bêtes. Je crois qu'elles se déplacent en troupeau, uniquement le jour. Elles sont bruyantes, colorées, et sentent mauvais, mais elles ne m'ont jamais attaqué. Une heure avant le coucher du soleil, elles disparaissent jusqu'au lendemain. Alors je vais me reposer, moi aussi, après une dernière promenade dans mon territoire. Il n'y a plus rien à voir....
Ah... c'est vrai, il faut que je vous parle de mon gros souci. La nouvelle saison est arrivée et maintenant que je suis adulte, beau en plus - j'ai une longue queue magnifique - il faudrait que je trouve une femelle. Malheureusement mon domaine est trop petit et je n'arrive pas, dans ce coin de la forêt, à sentir leur odeur irrésistible. Cela me rend nerveux, j'ai l'estomac dérangé. Et je ne peux pas à en parler avec les têtes rondes que j'ai apprivoisées, je ne comprends par leurs cris, tant ils en ont. Pire encore, ils communiquent avec des signes qu'ils dessinent sur tout ce qu'il trouvent. C'est difficile à croire mais sur un tronc d'arbre au bord de mon territoire ils ont griffé quelque chose que toutes les autres têtes rondes à deux pattes viennent regarder.
C'est marqué petit PANDA ROUX originaire d'HIMALAYA. Peut-être pourriez vous m'expliquer ce que cela veut dire...
Remarque : Le petit Panda roux de Chine, chassé pendant des siècles pour sa fourrure, fait partie des espèces protégées parce qu ‘en danger. Un vaste programme de reproduction en captivité a été mis en place pour sauver définitivement l’espèce et la réimplanter dans son habitat d’origine, Sichuan, Tibet, le même habitat que celui du grand Panda.
Texte écrit pour : "Les parchemins de Bigorphéa"