Tourner en rond
Depuis quelques jours, je suis atteint par la maladie du ne rien faire, étrange affection qui, en dehors de mes activités obligatoires de travailleur bien éduqué, me conduit à aller et venir entre la maison et le jardin avec la cervelle totalement vide, tel un zombie fatigué.
Il y a pourtant beaucoup à faire dans mon modeste domaine pour effacer les dernières traces de l’hiver, mais je ne suis pas motivé. Je pourrais aussi me mettre au clavier et traduire en textes à partager les notes et les idées dispersées au hasard des pages d’un grand cahier, mais je passe et repasse devant l’ordinateur, le regardant comme un objet étranger.
Mon médecin m’a trouvé en pleine forme…Je me suis demandé si c’était bien moi qu’il avait ausculté et puis même cette pensée s’est évanouie et je n’ai pas discuté. J’ai l’impression que mon vieux chat s’est rendu compte de mon triste état. Il me regarde bizarrement et préfère s’enrouler et dormir sur le canapé plutôt que se faire caresser.
Cela m’est déjà arrivé. Je ne suis pas trop inquiet. Fatigue, manque de sommeil, manque d’énergie, je pourrais me trouver mille excuses aussi à moitié fausses qu’à moitié vraies, je pourrais dire que c’est la faute à la pluie, au soleil qui s’est enfui, mais la petite voix qui se manifeste de temps en temps au fond de moi ne me parle pas de déprime ou de moral au plus bas.
Elle sait, la petite voix, que c’est passager, que cette envie de ne rien faire, de regarder tomber la pluie et les fleurs s’épanouir, c’est le passage obligé pour que se rangent en silence, dans ma mémoire, les bonheurs et les soucis du temps passé, pour faire un peu de place aux joies et aux peines des matins d’un nouvel été.