Le chant du désert
Sable. Du sable à perte de vue. Etait-ce le Sahara, le Yémen ? Sous le soleil, le sol poussiéreux prenait par endroits une teinte rouge, orangée. Etait-ce la planète Mars? Impossible. Le fond du ciel était d’un bleu profond, uniforme, le soleil brillait comme sur la terre et je respirais un air brûlant et pur. Pourquoi étais-je là, au milieu de nulle part, habité par un sentiment d’immense solitude ?
Je marchais vers le Nord, persuadé que c’était là la direction de mon salut. Escalader dune après dune, et je n’avais pas soif, bizarrerie qui rendait ma situation étrange, anormale.
Au détour d'une montagne de sable gravie sans effort apparent, mon regard identifia une forme lointaine, bleutée, silhouette vaguement humaine aux contours encore flous. Mirage?
En quelques instants je fus près de l’homme. L'étonnant personnage était couvert de la tête aux pieds d'une longue pièce de tissu bleu nuit ne laissant voir que ses yeux sombres et brillants desquels émanaient un regard autoritaire et glacé. Que faisait-il au milieu de nulle part, fantôme anachronique dans ce paysage lunaire ?
L’homme s’agenouilla et se courba pour coller son oreille tout contre le sable brûlant. "Silence...Ecouter..." L'homme n'avait rien dit et pourtant j'avais entendu sa voix caverneuse, comme si sa pensée avait pénétré directement mon esprit. Il n’y avait pas de hasard, l’inconnu attendait quelque chose, alors je fis comme lui, collant mon oreille sur le sol stérile et desséché. Un ronronnement imperceptible montait de l'épaisse couche de sable, un bruit inattendu, incongru.
Puis la voix désincarnée s'imposa de nouveau à mon esprit. "Ecoutes le chant des dunes". De quoi parlait-il ? "Ecoutes le chant des dunes... La plainte du désert qui avance... La musique de la terre qui meurt... Comprends-tu ?"
Mais qui donc était l'homme bleu? La musique du sable, je n'avais jamais entendu et les mots manquaient pour la décrire. C’était comme un doux murmure, plutôt grave, au rythme indéfinissable. Inquiet, subjugué, j'aurais voulu fuir mais des forces inconnues me paralysaient et le chant des dunes résonnait de plus en plus fort dans mes oreilles, m’enveloppant d’une douleur sourde secouant jusqu’au plus profond de mon âme...
Brutalement un voile se déchira, me libérant d’un coup de l’angoisse qui m’étreignait. L'étranger n'était plus à mes cotés. J'avais des questions, j'aurais voulu comprendre, mais la longue silhouette n'était plus qu'une tache bleutée tout au bout de la dune immense.
Fuir. Fuir ce monde insensé qui m'oppressait. Repartir vers le Nord, vers le salut. Oublier l’étranger, son regard à faire peur, ses paroles incompréhensibles, oublier cette rencontre impossible et menaçante.
A nouveau, sans prévenir, la scène changea. J’étais chez moi. Une vieille chanson de Michel Berger emplissait la pièce et le jour perçait à travers les volets. Etait-il temps déjà de se lever ? Non, pas encore. C’était dimanche… Le chant des dunes c’est la plainte du désert qui avance…. Plus je me réveillais, mieux je comprenais.
Tout cela n’avait-il été qu’un rêve ?