Le pêcheur
Jeudi 4 septembre 17 heures.
En cette fin d’après midi, une belle lumière dorée baigne l’océan.
Depuis plusieurs jours, j’ai repéré une petite crique que je rêve de photographier. Hélas, un pêcheur est installé à l’endroit d’où je veux prendre cette photo tant convoitée.
Je l’ai déjà croisé, c’est un habitué des lieux, un traqueur de bar, patient et obstiné qui me semble ne vivre que pour cette passion. D’origine asiatique, l’homme converse volontiers et je me dis que je pourrai peut-être le convaincre de déplacer pendant quelques instants ses deux cannes à pêche pour libérer le champ de mon appareil photo.
Nous parlons un moment des jeux olympiques qui viennent de se terminer, j’apprends qu’il est né en Chine, dans une province du Sud nommée Jiangxi dont je n’ai jamais entendu parlé, et qu’il aime Paris....
Inévitablement, la conversation dérive sur la pêche à la ligne, un sujet dont j’ignore à peu près tout et j’ai l’impression qu’il s’amuse prodigieusement de mes questions simplistes et naïves. Le temps passe. J’ai droit à un exposé clair et précis sur les différences entre la pêche en mer et celle en rivière, exposé interrompu par quelques silences lorsque la ligne se courbe et que le bar espéré n’est qu’une touffe d’algues, arrachée par l’hameçon.
Puis, le temps de quelques considérations sur l’art de cuisiner le poisson vivant à la manière chinoise, l’homme m’annonce qu’il quitte la place, le bar ayant, semble-t-il, décidé de se faire discret. Alors qu’il repliait soigneusement son matériel, il me lance une phrase étonnante. « Il existe très exactement quatre vingt dix neuf façons de pêcher, le saviez vous ? » Evidemment non et je le regarde l’air un peu surpris. Ses yeux brillent et il sourit tout en ajoutant « S’il y en avait une de plus, il n’y aurait plus de poissons à pêcher. »
Il me salue et s’éloigne. Etrange culture de l’extrême orient, capable en une image, de définir le développement durable et la notion compliquée de croissance soutenable. Un gros nuage cachait le soleil et la lumière avait changé. Ce jour là, je n’ai pas fait la photo...