La case à Momo
Lorsque ma fille a décidé d’aller définitivement vivre sa vie dans l’univers qu’elle bâtissait depuis sa prime jeunesse, je suis devenu, sans le savoir, héritier et propriétaire de Momo. Voulait-elle laisser une trace afin que je ne l’oublie pas ? Peu importe, c’est bien connu, les parents ne comprennent pas toujours leurs enfants. Qu’allais-je bien pouvoir faire de Momo et de son bocal ?
L’expérience aidant, j’ai bien compris qu’il me fallait mettre le poisson rouge hors de portée des pattes griffues et agiles du chat régnant sur les lieux. Et puis j’ai bien compris aussi que Momo, particulièrement laxiste coté propreté, menacé d’asphyxie au bout de trois jours, exigeait une attention particulière. J’ai donc décidé d’installer Momo alias Maurice, dans un monde qui pouvait à la fois garantir sa sécurité et ma tranquillité.
Exit le bocal ridicule et bonjour l’aquarium. J’ai donc installé Momo dans un palace surdimensionné, climatisé, avec distributeur de nourriture programmable. Le nec de la technologie. Visiblement tous les problèmes n’étaient pas réglés car Momo semblait s’ennuyer. Bon prince, je lui ai proposé une compagne ou un compagnon, je ne suis pas spécialiste de la sexualité des poissons rouges, mais l’affaire a mal tourné. Au bout de quinze jours, l’irascible Maurice avait littéralement dépecé son nouveau locataire et un matin j’ai du constater l’ampleur de mon échec.
Et quelques années sont passées.... Momo doit avoir six ans et toujours bon pied bon œil. L’animal est difficile. Dans les paillettes multicolores qui lui sont délivrées deux fois par jour, j’ai remarqué qu’il avait tendance à trier, les paillettes de couleur jaune n’étant pas à son goût. Et puis un événement étonnant s’est produit il y a quelques jours, le 26 octobre très exactement. En ce jour de changement d’heure, il m’a fallu recharger le distributeur de nourriture et j’en ai profité pour mettre à la nouvelle heure le programmateur. Mauvaise idée. La nourriture arrivant une heure plus tard qu’autrefois, Momo pique une crise deux fois par jour, et tente de démolir la bouche du distributeur, n’hésitant pas, dans sa colère, à sauter hors de l’eau pour s’en prendre à l’appareil. Alors, hier j’ai remis le programmateur à l’ancienne heure et, ce matin, le calme règne à nouveau dans la case à Momo.
Qui a dit qu’un poisson rouge n’avait que deux secondes de mémoire ?