Particules étranges
La fée électricité est une invention merveilleuse de dame nature, et il aura fallu des esprits hors du commun pour que les hommes la découvre et parviennent à la domestiquer. Mais, les créations humaines étant par essence imparfaites en dépit du perfectionnisme obstiné des humains, la fée et ses cohortes d’électrons finissent par trouver les failles et alors.....bonjour la panne.
Ils sont bizarres ces électrons. On raconte qu’ils se déplacent dans les fils en chevauchant des trous, que leur existence à un endroit donné et à un instant précis n’est qu’une probabilité et que selon la façon dont on essaye de les observer, ils se comportent différemment, à la fois ondes et grains d’énergie. Objet quantique proclament les savants qui cherchent à décrire ce petit monde à l’aide de formules mathématiques dont la plus simple vous garantit une semaine de migraine à se taper la tête contre un mur.
Mais je m’égare, fasciné par cet infiniment petit qui décide de l’harmonie de l’infiniment grand. Mon propos, à des années lumière des fantastiques lois encadrant l’univers et nées dans l’apocalyptique big-bang originel, vise modestement à me plaindre de quelques légions sournoises d’électrons qui, au matin du mercredi 10 décembre, ont décidé de ravager la belle mécanique distribuant l’énergie dont mon vieil ordinateur a besoin pour exister.
Pourquoi, comment, je n’en sais fichtre rien. Comme chaque matin, j’ai appuyé sur le bouton « on », mais la petite lumière verte et rassurante ne s’est pas allumée. Ce fut même le contraire, la maison a brutalement basculé dans la pénombre du petit jour, m’arrachant au passage quelques expressions déplacées et instinctives, impossibles à réprimer.
Un bon samaritain de mes amis comprenant mon désarroi, a pris en charge l’appareil plongé dans le coma, me redonnant quelqu’espoir... Je ne me savais pas drogué à ce point là, mais je dois avouer avoir été ennuyé par le départ de l’appareil pieusement rangé dans un carton trop grand pour lui. Mon outil de travail étant amputé de l’essentiel, je me suis placé en état de chômage technique, situation inconfortable qui m’a cependant permis d’anticiper tranquillement les fêtes de fin d’année.
Et puis voilà, hier soir le blessé a repris sa place et je le regarde un peu de travers, le retard s’est accumulé et surtout je me demande quel mauvais tour vont me jouer les électrons pervers qui l’animent. Le bon samaritain a bien travaillé, mais l’inquiétude est là, car il m’a dit aussi qu’il était peut-être temps d’écrire au père Noël......