Onze Novembre
Marne, Meuse. J’ai longuement marché sur ces terres de mémoire meurtries par l’histoire, à la recherche des lieux qui scellèrent le destin d’un grand père avec qui j’aurais tant aimé parler.
De Laon à Douaumont, j’ai traversé les bois et les champs, ne pouvant plus qu’imaginer les paysages dévastés qui furent l’horizon de ses rêves anéantis, et le cadre incandescent qui lui prit son ultime souffle de vie. J’ai longé la Voie Sacrée, laissant mon regard se perdre dans ces temps de folie d’où n’émergent plus aujourd’hui que les longues files de croix immaculées, marques indélébiles d’une époque où trop d’hommes se sont noyés. Du Chemin des Dames à la Caverne du Dragon, j’ai parcouru d’innombrables sentiers qui furent autrefois autant de tranchées, dévorant au rythme infernal des combats, des milliers et des milliers de jeunes soldats.
A l’adolescent qui, sur la place du village, en ce jour de cérémonie, m’a demandé pourquoi la foule rassemblée ne dansait pas au rythme des chants de la victoire, j’ai répondu qu’amères et tristes sont les victoires trop chèrement payées.
Et puis, seuls devant l’obélisque de pierre, symbole de ces années effroyables où l’homme s’est éloigné de l’humanité, nous avons cherché dans l’interminable liste des héros disparus, ceux qui étaient nos aïeux. L’adolescent à mes cotés, s’est baissé, a ramassé une fleur blanche tombée d’un bouquet et l’a mise dans ma main en souriant. La fleur était belle et glacée et je ne sais pourquoi j’ai pensé qu’une page se tournait, que grand père était enfin en paix.