Le printemps des pierres

Publié le par DECRYPTO


 

« Chaque matin était un miracle....


Il rouvrait les yeux et la cathédrale inachevée dressait devant lui son arche puissante et légère ; si puissante qu’elle paraissait nouée à la terre par des millions de racines qui l’irriguaient des sucs profonds des âges barbares de la chrétienté ; si légère que le vent semblait danser à travers elle, la tendre comme un voile...


Dans ce sanctuaire grandiose, il n’y avait guère de poutre, de lame de plomb, de statue, de colonne, de pilier, de vitrail sur lesquels il n’eût posé le regard, la main ou les deux à la fois. Aucune des marques des tâcherons qui timbraient les blocs ne lui était étrangère ; elles auraient pu lui révéler le nom et le visage de ces compagnons perdus depuis des lustres dans le sillage de ce vaisseau de pierre, morts peut-être, oubliés sûrement. Oubliés comme lui, Vincent, le serait un jour, sans le moindre paraphe pour attester sa présence....

Seule compte la survie de l’œuvre. Il avait d’ailleurs encore tant à lui donner, jusqu’aux limites de ses forces, tant de peine, tant d’amour, tant de foi...

Il aurait aimé vivre trois existences de plus pour voir nager en plein ciel, ailes écartées, cet aigle de pierre, pour contempler les grandes roses dispersant leurs diaprures, pour voir le peuple des saints escalader dans un déluge de couleurs et de clarté la grande façade, pour entendre la prière des foules pressées sous le portail d’Anne et l’essaim des cloches bourdonner dans le printemps des pierres. »


Il y a comme cela, des livres que je retrouve avec plaisir lors d’une promenade dans ma bibliothèque, agréable plongée vers des histoires  venues d’une époque différente, que je ne peux qu’imaginer.

Michel Peyramaure, écrivain français né en 1922 en Corrèze a écrit de nombreux romans historiques.  Il nous raconte ici l’histoire de la construction de Notre Dame de Paris. Roman passionnant  qui se glisse dans le chantier grouillant d’un coin de l’île de la cité, où se côtoient  entre maisons de chanoines, bordels et prisons, des hommes et des femmes brûlants de passions et épris de liberté.

 

Editions Robert Laffont  -  1983.

 

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Publié dans Sur mon étagère

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K
A ajouter à ma liste de livres à commander...<br /> Amicalement
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O
Je connaissais le nom de cet auteur mais n'ai jamais lu ses ouvrages. Quel style ! Quelle merveilleuse façon de parler des pierres ! Elles semblent vivantes et légères ici. Merci à toi Decryto de nous avoir fait partager ce beau moment de lecture.
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F
le temps manque aux visionnaires, aux grands créateurs, même innachevées leurs oeuvres sont belles...
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L
Bonjour Decrypto, <br /> il y a bien longtemps que j'ai pris conscience que beaucoup de ces bâtisseurs n'ont jamais vu la fin de l'ouvrage et cela m'a toujours attristé je puis le dire. l'extrait que tu présentes le souligne vraiment bien en passant par la mémoire et le son du geste maçon. <br /> Une belle évocation, merci.
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Q
Vivre trois existences ! Comme j'aurais aimé !<br /> <br /> ... c'est vrai qu'il y a des livres que j'aime relire...<br /> <br /> Bisous, je reviens demain.
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