Or blanc

Il me revient en mémoire un petit panier de bois que mon père me donnait les dimanches de fin juillet. Et nous partions dans la montagne, cheminant comme de vieux amis pour cueillir les précieuses myrtilles que la magie de ma mère transformait en délicieuses confitures et en tartes somptueuses.
A flanc de montagne, nous avions nos petits coins secrets, sous bois à peine caressés par le soleil de midi, que j’imaginais habités par des fées et des lutins semeurs de myrtilles. C’est au bout du sentier que nous empruntions ces jours là, que l’horrible roue m’est apparue, trônant sur un pan de montagne mis à nu, gâchant mes retrouvailles avec ce lieu enchanté de mon enfance.
Une roue anachronique, inutile, sans doute oubliée depuis longtemps par ceux qui l’avaient plantée là, mais dominant une plaie béante dans la forêt, saignant encore cette terre rouge et sableuse, gorgée des odeurs âcres douces des orages de printemps.
Quel or y avait-il à arracher aux entrailles de cette paisible et immuable montagne gardienne de majestueux sapins centenaires ? Peut-être l’avidité, la fascination de l’argent facile, ces pourvoyeurs de grandes désillusions…
Une roue !
Une roue stérile offerte aux outrages du temps, comme un arbre mort offre ses moignons noircis et écorcés à la rigueur destructrice des pluies et des vents.
Une roue grinçante et imbécile qui avait sans doute alimenté d’insatiables rêves de loisirs et de richesses que les hivers trop courts ne pouvaient pas rassasier !
Une roue de l’infortune juchée sur son mât d’acier rouillé, telle une statue grotesque érigée à la gloire de quelqu’âme cupide persuadée que détruire est plus rentable qu’aménager ou protéger !
Alors je me suis assis sur le bord d’un rocher, essayant d’imaginer qu’un jour, un vieil homme et un enfant viendraient par ici, devisant et riant, cherchant dans les touffes vert sombre s’étalant au pied de grands et fiers sapins, ces myrtilles succulentes qui donnent aux doigts des enfants de mystérieuses taches violettes et sucrées.
Je n’y suis pas parvenu et la montagne, ma montagne, silencieuse, indifférente, ne m’a rien dit du devenir des hommes.
09/2009