L'homme éparpillé
...Derrière nos préjugés, nos croyances acceptées ou imposées, derrière nos désirs insensés, nos espoirs déçus et nos souffrances refusées, se cache un monde où même les fleurs fanées parlent encore de beauté. Voit-on dans l'arbre millénaire la beauté intemporelle d'une nature vivante et fière, généreuse et hostile, voit-on dans la dune sculptée par les vents, la beauté sauvage de montagnes élancées, usées jusqu'à la perfection par la ronde des saisons ?
Rien de tout cela.
Enfermé dans son histoire, cet illusoire triomphe de la pensée, l'homme a oublié le regard. Perdu dans un monde où il croit maîtriser son espace et le temps, arrogance juvénile, l'homme s'est oublié. Des nuages de brume étincelants dans le soleil du petit matin, il ne perçoit plus que la vague satisfaction de la promesse d'un jour ensoleillé. Il est devenu ignorant de la simple odeur de la mousse gorgée de rosée, prisonnier de l' univers aseptisé aux parfums artificiels qu'il s'est construit sur les ruines de son monde obscur à demi saccagé.
L'homme-enfant s'est exclu du jardin d'Eden qui lui avait été confié et dans les murs de son obstination, il ne distingue même plus les portes ouvrant sur la lumière du respect des choses et des êtres qui font de cette terre un lieu de beauté. Alors l'homme éparpillé aura-t-il la chance de se retrouver pour enfin grandir et prendre la place qui lui revient dans l'univers étoilé?
L'avenir le sait, mais il y a bien longtemps qu'il ne nous appartient plus. Nous en avons perdu les clés.....