L'autobus bleu

Publié le par DECRYPTO

Sur le thème d'un souvenir d'enfance, texte proposé pour les Parchemins de Bigorphéa.

J’avais fêté mes dix ans quelques jours plus tôt et, du haut de cet âge respectable, j’étais prêt à affronter le monde. Nous étions début juillet. Pour mon anniversaire, mes parents m’avaient offert quelques semaines en Bretagne, joies encore inconnues de la colonie de vacances.

Moi qui n’avait jamais quitté ma montagne, ma forêt, ma rivière, les trois grands témoins de ma jeunesse insouciante, j’allais partir seul, vers une contrée lointaine que je parvenais à peine à imaginer. Ma mère, comme d’habitude avait veillé à tout, et c’est avec juste une pointe d’angoisse que je me retrouvai sur la place du village, un peu avant six heures le matin, en ce dimanche de juillet. Par chance, un camarade de classe, guère plus aventurier que moi, était du voyage. Rassurant.

Le début du cauchemar survint quand un type immense - quand on a dix ans et que l’on rencontre un inconnu qui en a le double, il est forcément immense - armé d’un cahier, se mit à faire l’appel et organiser la répartition dans les deux véhicules. Mon copain était dans l’autobus de tête et moi dans le second. Si j’avais pu, j’aurais pris la fuite, hélas ma mère n’était plus là. Quelque chose me disait, la fierté de mon grand âge probablement, que je devais essayer de faire face devant cette armée d’inconnus, pour la plupart aussi âgés que moi.

L’angoisse se changea en mauvaise humeur lorsque le convoi démarra. Au bout de quelques kilomètres, sur l’insistance du type immense, je me mis comme les autres, à chanter des rengaines de gosses apprises dans la cour de l’école.

Les heures passèrent, l’autobus roulait. Le soir tomba, l’autobus roulait toujours, et l’ennui qui m’avait saisi se muait en inquiétude. Beaucoup trop loin pour moi, le pays breton ; mille kilomètres, je commençais à comprendre ce qu’étaient le temps et les distances. J’avais beau me raccrocher à l’idée que j’allais voir la mer, mon impatience alimentait le cauchemar éveillé que j’avais l’impression de vivre. Tard dans la nuit, enfin, le voyage se termina dans une espèce de pagaille organisée, au fond d’une cour immense à peine éclairée. Epuisé, je m’endormis avec cette idée que je n’avais pas vu la mer.

Dans la matinée du lendemain, je pris conscience de deux choses : les autobus n’étaient plus là et une odeur étrange, inconnue, flottait dans l’atmosphère. Mon impatience fut de nouveau mise à rude épreuve, lorsque la rumeur de l’activité plage, prévue pour l’après midi, enfla dans notre petite troupe bruyante et désordonnée.


Ce denier kilomètre à pied…. J’aurais voulu courir, il me fallait marcher. Et puis le sentier rocailleux devint sablonneux. Parvenu en haut d’une dune, la mer, enfin se laissa découvrir. J’étais sur la plage et face à moi, le bout du monde, l’océan, immense, d’un bleu-vert profond qui accrochait au gré des vagues les rayons presque argentés d’un chaud soleil ; magique.

Je me suis assis dans le sable pour regarder, écouter, sentir cet univers que je découvrais, et il me fallut beaucoup de temps pour décider d’aller jouer dans les vagues, tant j’avais peur de rompre le charme. C’était si beau….

Je ne me souviens pas vraiment de la couleur des autobus, mais dans mon souvenir ils ont toujours eu ce bleu océan qui colore la surface de l’eau, lorsque le ciel sans nuages se regarde dans la mer.

 

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Publié dans Textes du temps perdu

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J
Qu'il est beau ce récit d'émotion vraie , cet émerveillement que beaucoup d'entre nous ont eu en découvrant la mer . Moi ce ne fut que la Manche , après la guerre ......et ce n'était pas un autonus et j'étais ado mais quelle émotion devant ce superbe spectacle !
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O
J'aime bcp ton texte qui me renvoie dans d'autres souvenirs si proches du tien...avec des émotions similaires..
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S
Bravo pour ce défi! Les premiers voyages loin de chez soi ne sont pas toujours évidents
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